Les victimes du « chawa pete »

Article : Les victimes du « chawa pete »
21 juin 2016

Les victimes du « chawa pete »

Les victimes du « chawa pete »Depuis l’an 2008 avec l’avènement du Rap kreyòl dans l’industrie musicale haïtienne, un rythme d’ailleurs très déconseillé aux jeunes-enfants à l’étiquetage immoral, le slogan à l’époque était « granmoun yo echwe[i]». Un mouvement anti-gérontocratique, une phrase qui a remis en question d’une part la considération de l’encadrement des jeunes, d’autre part leur place dans la construction de l’Etat nation, mais surtout la culpabilité des plus âgés dans la situation misérable du pays, qui réduit du coup le symbole du respect des cheveux gris dans notre société. Si dans les années 60 on a parlé de révolution sexuelle avec la première génération des « baby boom[ii]» au canada et dans les pays nord-européens, le flux de cette révolution devrait attendre l’an 2000 pour se faire remarquer en Haïti avec le Hip-hop créole. Il n’est pas sans savoir l’influence de la musique sur l’âme humaine. Le trio infernal musique drogues et sexualité font très bon ménage dans les espace de détente, particulièrement quand il s’agit de musique stimulatrice. En moins de 10 ans plus tard, on assiste à une mutation du rap kreyòl en un rabòday de plus en plus excitant et dévergondé. En réalité presque toutes les révolutions se font en chansons, il en va de même pour la révolution sexuelle. Que ce soit dans les festivités, dans les voitures de transport ou dans la rue, tout le monde danse au rythme du Rabòday, un style de musique très apprécié par les jeunes communément appelés «Bredjenn » ou « Blodè», a constaté Haïti Press Network. Des refrains comme « alaway », « maché tonnère », « Blodè », « timamoun » et le tout dernier en date « chawa pete[iii] » connait des records absolus d’audiences. Ces mots entrent catégoriquement dans le verbe quotidien de nos jeunes. Dans les festivités pour faire du hit,il faut jouer du rabòday. Un programme sans rabòday est échoué dès le départ, c’est un fait, bien que difficile à digérer ! C’est un calvaire pour les plus âgés dans les camionnettes à écouter cette musique qu’ils traitent de style indécent, car dans certaines musiques adaptées au Rabòday, il y a des propos vulgaires et un dénigrement du sexe féminin. Toutefois, les jeunes n’ont aucun problème à s’adapter à ce rythme. Relativement entrainant, le Rabòday symbolise la négation des valeurs, du dénigrement des femmes, aux propos obscènes en passant par la violence verbale, cette tendance musicale est très controversée. Si le Rap de son coté avait à faire passer son message de revendication ou d’éducation et du même coup de faire danser et trouver l’appréciation des jeunes. Par exemple, si on essaie de faire un retro sur certains textes de Barikad crew, Rock-fam, Mystic 703 ou Magic clik on trouvera bien sur quelques choses de positif et édifiant. Toutefois, se demande-t-on quelle est la revendication du Rabòday ?… Quelle est sa contribution éducative dans notre société?… A quoi sert-il sinon qu’à « fè wana mache » ou « pike mouda » dans une société ou beaucoup de femmes tiennent plus qu’à leurs fesses plutôt qu’à leurs têtes?… Cela fait un monde à l’envers avec un étrange pouvoir des fesses et une vaginocratie passée de commentaire. Néanmoins, elles révèlent les problèmes auxquels font face la société actuelle. Par exemple, le Ti mamoun est un phénomène qui se retrouve dans les endroits fragiles, dans les quartiers dits de non droit où les parents vivent sous le joug de la misère, n’ont pas d’argent pour subvenir aux besoins de leurs enfants, sont obligés de démissionner de leur mission parentale. Ainsi, les enfants de ces parents, en vue de répondre à leurs nécessités, font flèche de tout bois. Les filles surtout vendent leur corps pour un prix dérisoire en vue de faire face à la misère quotidienne. La prostitution devient, aux yeux de ces filles, le moyen le plus efficace de survivre. D’où le phénomène « ban m m ap ba w » et commerce de charmes sous toutes ses formes. Nécessairement, une fois le chawa pete il y aura des victimes… En réalité qui sont ses victimes?…Les victimes du chawa pete sont de toutes sortes et toutes catégories confondues : moins jeunes, jeunes, enfants, écoliers, universitaire, adultes, parents, l’état de son coté et principalement la femme haïtienne. Dans les rues des grandes villes comme c’est le cas du Cap-Haitien ou de la Capitale, des bus de transport en commun ou tap-tap sont alignés tous les jours. Ils attendent l’arrivée des passagers composés principalement d’écoliers. Pour attirer cette clientèle, le Rabòday est en rotation dans presque toutes les camionnettes. On se rappelle encore un groupe de jeunes écolières qui chantonnent en chœur la fameuse chanson « W ap gade m boubou » de Mossanto[iv]. L’appropriation des jeunes de ce rythme fuse le désespoir des parents surtout traditionnels ou conservateurs. Cette tendance musicale projette l’image d’une jeunesse haïtienne en souffrance qui exprime par ces refrains ses conspirations au statuquo économique et social. Cette conception, décourage l’esprit du travail intellectuel, et de respect de la personne humaine. Les jeunes ne croient plus à la valeur d’une bonne formation académique, d’où la phrase qui prône « pale franse pa enpotan, ti po devan-w fò-l bon ».Nous vivons dans cette société où bizarrement l’éducation sexuelle des jeunes est livrée aux mains des medias amateurs, réseaux sociaux et internet. Et il est partout appliqué la célèbre formule « tout par et pour le sexe », même dans les espaces de formation académiques, les espaces de travail et autres… le sexe devient un billet d’échange pour beaucoup « banm ma bòw». Dans certaines écoles, la jeune fille ne prend pas du temps à étudier, à lire ou à se mettre autravail mais à envoyer des messages en temps réel en jargon cybernétique, des photos nues via whatsapp ou facebook et à la fin du trimestre offrir leur seul et unique « ti po devan » aux professeurs vicieux pour enfin passer le cours. D’autres qui fréquentent l’école ou pas le font pour trouver un mec de la diaspora afin de recevoir un western union proportionnel à ce que vaut leur tête. On se demande ou sont passé les notions de valeurs et de prestige dans cette société?… Peut-être qu’elles se perdent dans la bière… qui sait ? La femme haïtienne, source d’inspiration du Rabòday est d’abord sa principale victime. Elle est discriminée dans leurs œuvres en perdant des valeurs et devient un objet sexuel. Paradoxalement, parmi les fans du rythme Rabòday et des DJ qui s’en donnent à cœur joie, le constat est que les jeunes filles figurent au haut de la liste. On les voit danser, fredonner ces mélodies aux paroles choquantes en pleine rue et dans les clubs. Se demande-t-on est-ce qu’elles ne comprennent pas, ou qu’est-ce qui les motive au fond, il semble qu’elles acceptent et en sont fières en effet…De nos jours, la musique est à l’image de la jeunesse et du pays en général. Toute élévation de la société entraine automatiquement une élévation de l’art. Le rythme Rabòday dans son expression, mais aussi dans le message qu’il véhicule du point de vue de la forme et celui dufond, exprime la négation de l’art. Les valeurs que prônent ce groupe de jeunes inquiètent l’avenir. Enfin voilà à quoi sont réduites la musique, les mœurs et la culture haïtienne! Pourquoi les chansons les plus dégradantes, machistes, dévalorisantes sont les plus populaires et plus affectionnées par une forte catégorie de la jeunesse haïtienne ? Fè Wanna mache, Ti Sourit, Ti tou, Pa pale kaka, Bèl fanm pa monte nan syèl, Sa k santi konsa pitit… laissent en privation l’identité de la jeunesse en question en tant qu’humain. Apres lecture de la situation vous remarquez peut-être l’urgence d’une campagne d’éducation civique dans le pays… mais avec qui va-t-on le faire? Par où va-t-on commencer ? Et par quels moyens arrivera-t-on ? Pope ressife

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Commentaires

issbill
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Un billet touchant. C'est triste.

Alex
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Très belle article qui relève un fait réel de la société actuelle en 2017. Ce qu'il faut constater, c'est le phénomène ne touche pas que Haïti, mais est semblerait-il un phénomène. Etant né dans un département d'outre-mer de France et vivant en région parisienne depuis, ayant toujours été assez proche de la musique afro-caribéenne et américain, j'ai pu constaté le même phénomène ... Mais que pouvons nous y faire en réaliser ?! Comme vous le dite vous même, c'est une révolution qui se produit. On ne stop pas une révolution en marche sans moyen mondial ...

Lacossiere Sebastien
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Bonsoir. Je suis Sebastien Lacossiere ,j'ai 16 ans et mon nom de Deejay est ''Dj Basty''.
En lisant cette article j'ai pu voire la realite en face.
De nos jour les jeunes n'aimes plus les styles de musique dans lesquelles ils peuvent en tire des lecons morale , et c'est vraiment triste .
Moi j'essaies au moin de retourner avec le rap creol qu'il y avait longtemps mais c'est asser difficile car en haitin c'est une question de colone , c'est a dire ''siw pa gen kolone deyew ou pap jam ka reyalize saw vle.
Mais si vou voulez m'aider ,moi entant que Dj je suis pret a vous suivre