La dictature de l’aide internationale en Haïti

Article : La dictature de l’aide internationale en Haïti
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8 juin 2016

La dictature de l’aide internationale en Haïti

Les pays qui ont raté la révolution industrielle se voient imposer une forme de solidarité de la part de leurs amis de la communauté internationale (pays membres de l’ONU) pour combler, dit-on le faussée pays développés/pays sous-développés. Ces actes humanitaires ou philanthropiques rentrent dans un plan global consacrant la dépendance des pays pauvres vis-à-vis des pays riches, le cas d’Haïti est un exemple typique.
Ce petit coin terre situé en pleine cœur de la Caraïbes a connu des moments difficiles tout au long de son histoire, elle a connu l’esclavage, la colonisation, la ségrégation raciale, etc. Après la proclamation de son indépendance ses dirigeants peinent à mettre le pays sur la voie du développement. L’histoire d’Haïti est truffée d’incidents regrettables, des crises politiques qui n’en finissent plus et qui engendrent une instabilité constante, le lourd legs climatique dont hérite le pays le rend vulnérable à chaque période cyclonique et il n’est pas exempt d’autres cataclysmes naturels en raison des nombreuses failles sismiques qu’il contient.
Le 12 janvier 2010 Haïti est frappée d’un séisme de magnitude 7.5 sur l’échelle de Richter, les chiffres exacts du nombre de victimes sont jusqu’à aujourd’hui inconnus ; chaque entité avance ses propres chiffres (selon son positionnement et son affinité politique et/ou idéologique, et selon son intérêt immédiat ou à venir avance des chiffres…). La version officielle avance un bilan avoisinant les trois cent mille morts, des milliers de maisons détruites, des milliers de blessés. L’impact de cette catastrophe naturelle résulte de la vulnérabilité des conditions de vie de la population beaucoup plus que la catastrophe en soi. Emu par l’ampleur des dégâts , une solidarité à nulle autre pareille s’élève en faveur d’Haïti, de la part des pays membres de l’ONU, de l’UE et d’autres instances internationales, mais aussi de la part des stars de cinéma et de basket-ball qui ont organisé des levées de fonds pour venir en aide à Haïti.
Parallèlement à cette situation d’extrême urgence s’avère une proie idéale pour les chasseurs, des organisations non-gouvernementales abondent à une vitesse vertigineuse  plus de cinq cents ONG se sont installées au niveau de la région métropolitaine de Port-au-Prince. Elles interviennent dans le secteur de leur choix sans aucune coordination nationale ou internationale, au nom de leur autonomie financière. C’est comme si leur présence sur le sol haïtien nous donnait plus de cinq cents gouvernements distincts. Selon une déclaration du premier ministre de l’époque Jean-Max Bellerive : « cinq ONG ont curé un seul canal », cet exemple insignifiant pour mes nombreux lecteurs révèle en ce qui concerne le plan micro, ce qui se fait à tous les niveaux.
Pourtant, une structure denommee la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH) avait vu le jour au lendemain du séisme du12 janvier dans l’objectif  de gérer l’aide qu’Haïti allait recevoir  : plus de 5 milliards de dollars les 18 premiers mois et 11 milliards sur 5 ans, le premier ministre haïtien de l’époque devait co-présider la CIRH avec l’ex-président américain Bill Clinton, leur rôle respectif devait s’organiser de telle sorte que le chef du gouvernement haïtien devait identifier les problèmes cruciaux à resoudre et que l’ancien chef d’Etat américain devait s’assurer que le fond soit bien entretenu.
C’était trop beau pour être vrai, la CIRH a explosé, l’État haïtien a perdu le contrôle de manière définitive de l’aide internationale. La division était inévitable, les autorités haïtiennes qui bénéficient sur le plan personnel de l’aide internationale la défendent bec et ongles et de l’autre côté celles qui sont conservatrices taclent la communauté internationale.
Cette prépondérance de l’international sur les autorités locales a atteint son paroxysme avec l’imposition de Michel Joseph Martelly comme président à la suite de l’élection de 2011. Au-delà de ce qui saute aux yeux, l’aide internationale peut être un vrai poison pour la cohésion sociale, la fracture sociale peut arriver à  un point tel qu’il sera difficile de recoller les morceaux.

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