Médicaments illicites : un marché florissant en Haïti

Quand l’État faillit ainsi dans ses attributions régaliennes, le laisser faire devienne la norme : la vente des médicaments est devenue un gagne-pain pour plus d’un sans aucune formation adéquate. Sous un soleil brûlant, panier rempli de médicaments (comprimés et sirops) dans une main et un mégaphone dans l’autre, ces vendeurs de médicaments sillonnent toutes les rues des villes et des campagnes du lundi au dimanche pour écouler leurs marchandises. La responsabilité de contrôler la qualité des produits que consomment la population est dévolue à l’État. Cependant cette charge ne saurait être satisfaite sans que l’appareil étatique ait une vision précise et structurée de la santé.

Au fil du temps, le phénomène de machann grenn (vendeur de médicaments ambulant) s’est étendu sur la totalité du territoire. Les gens les moins avisées les appellent parfois doktè (docteur en médecine) car ils exécutent des prescriptions des vrais médecins, et d’autres fois il suffit seulement de leur raconter votre malaise et ils te donnent des médicaments eux-mêmes. Tolérance ou insouciance de l’État haïtien sur le contrôle de la qualité des médicaments ? Quelle banalisation de la santé ou de la vie par extension pouvez-vous vous exclamer !

Cette pratique répond à un double besoin : le vendeur qui veut gagner sa vie dignement et l’acheteur qui veut se procurer des médicaments à un prix plus ou moins abordable sans bien évidemment penser aux conséquences néfastes que peuvent provoquer un médicament qui a été trop longtemps exposé au soleil. L’inacceptable qui côtoie le quotidien a provoqué une amnésie chronique chez la majeure partie de la population. Même au plus niveau de l’État, c’est peut-être ce qui explique la présence de quelques vendeurs sur le parquet des bureaux sanitaires, devant des hôpitaux.

Ce mutisme, assimilable à un silence complice, favorise l’expansion de la vente de médicaments. Comment l’État qui n’arrive pas à donner du travail à des vendeurs de médicaments ambulants peut leur demander d’abandonner leur activité existentielle ? Chaque seconde de plus compte : des malades qui ne prennent pas de médicaments vont mourir plus tôt que s’ils consomment ceux qui sont périmés et poussiéreux. Ils ont le choix de la rationalité fondé sur l’instinct de survie. Le non-respect des normes sanitaires en matière de conservation, de contrôle et de vente des médicaments, a déjà semé le deuil dans plusieurs familles à Haïti. Devrions-nous rester sans dire mot et regarder la précarité avoir gain de cause sur la vie?

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